Doctorante au laboratoire CBAC (GEPEA)* hébergé par l'IUT, Marine Bittel vient de soutenir avec succès sa thèse après 3 années passées sur le campus. Une thèse CIFRE** en partenariat avec l'entreprise Tronico Vigicell.

marine bittel


Quel est le sujet de votre thèse et quelles en sont les applications ?


MARINE BITTEL. Littéralement, le sujet de ma thèse est « Détection de polluants chimiques par biocapteurs bactériens couplés à la spectroscopie Raman ». Une petite explication de texte est nécessaire.
Il existe des milliers de polluants rejetés par les activités humaines. Il est nécessaire de mesurer et de contrôler leurs effets sur l'environnement. Les méthodes les plus utilisées sont les analyses physico-chimiques. Des méthodes précises mais qui ont un défaut : elles sont limitées à des listes de substances recherchées et il est pratiquement impossible qu’elles en détectent la totalité. Plus simplement, cela revient à mesurer une goutte d'eau dans la mer. De plus, même si elles permettaient de tout détecter, ces analyses ne mesurent que la présence ou l’absence des polluants. Elles sont incapables de fournir des informations quant à leurs effets concrets sur le vivant.
C'est pourquoi, l'idée de ma thèse repose sur l’utilisation de « biocapteurs » : c’est à dire de capteurs qui utilisent des cellules vivantes comme outils de mesure. Concrètement, l’idée est d’analyser directement les effets des polluants sur des organismes pour en mesurer le degré de toxicité. Dans le cadre de ma thèse, je me suis intéressée à des micro-organismes (algues, bactéries, levures). 
 De plus, ma thèse innove réellement car elle couple la détection de polluants chimiques par biocapteurs à la spectroscopie Raman. Une méthode qui permet d'obtenir une empreinte moléculaire des micro-organismes. Ce qui est intéressant c’est que cette empreinte évolue lorsqu'ils sont exposés à une substance toxique. J'ai mis en évidence l'existence de « signatures spectrales » qui varient en fonction du type de toxicité. Cette méthode apporte une véritable plus-value aux techniques traditionnelles car elle offre des réponses plus complètes en une seule et unique mesure.
Il reste encore du travail à accomplir pour rendre la méthode totalement effective mais grâce aux partenariats entre le CBAC et l'entreprise Tronico Vigicell, j'espère faire aboutir le projet vers des méthodes industrialisables.

 

Une question que beaucoup d'étudiants se posent : qu'est-ce que la vie d'un doctorant ?


M.B. Il faut être très impliqué, c'est certain. Comme tout travail de recherche, il y a des hauts et des bas. Il faut être passionné par son sujet car on ne compte pas les heures. Cependant, un doctorant reste une personne « normale » qui peut se réserver des temps pour lui et qui n'est pas enfermé 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 dans son laboratoire. On est loin des clichés !
Par ailleurs, il n'y a pas que la recherche, il faut savoir se diversifier et profiter des opportunités offertes par le doctorat. Par exemple, j'ai participé à l'aventure FameLab, l’un des plus grands concours de communication scientifique au monde, il s'agissait de présenter les travaux de ma thèse en 3 minutes chrono. J'ai fait partie des finalistes français, ce qui m'a permis de participer une master class de communication en Suisse sur le site du CERN***, le plus grand centre de physique des particules au monde !
Autre aventure : j'ai participé aux 24 heures chrono de l'entrepreneuriat. Avec une équipe composée d'autres doctorants rencontrés pour l'occasion, nous avions 24 heures pour imaginer un projet d'entreprise. Un travail acharné et passionnant, malgré la fatigue, au cours duquel nous avons beaucoup appris et tissés des liens forts ! Nous avons remporté le premier prix, ce qui nous a permis de rencontrer Thierry Mandon alors secrétaire d’État chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous avons également pu suivre une semaine de cours dans une prestigieuse école de commerce de Cambridge (G-B).
En résumé, ma thèse m'a appris bien plus que le travail de laboratoire : communication, ouverture d'esprit et la certitude que le doctorant n'est pas cantonné à son travail théorique.

 

Maintenant que votre thèse est achevée, allez-vous quitter le campus ?

M.B. Et non ! Je continue l'aventure au sein de l'entreprise Tronico Vigicel qui suite à ma thèse m'engage en CDI. Ses locaux sont depuis quelques années situés au sein du département Génie Biologique de l'IUT. Il s'agit d'une entreprise spécialisée dans l'évaluation de la qualité de l'eau par outils biologiques. Je vais donc pouvoir concrétiser mes travaux de recherche tout en élargissant mon domaine d’action à travers d’autres missions propres aux activités de Tronico Vigicell. C’est aussi l'occasion de poursuivre une collaboration fructueuse entre le monde de l'entreprise privée et la richesse du monde universitaire, notamment avec le professeur Gérald Thouand qui était mon directeur de thèse et avec qui nous allons continuer à travailler.

 

* L'équipe CBAC (Capteurs Biologiques pour l'Analyse et le Contrôle) est intégrée à l'UMR CNRS GEPEA (Génie des Procédés en environnement et agroalimentaire)
** CIFRE - Conventions Industrielles de Formation par la Recherche
*** CERN - L'Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire, aussi appelée laboratoire européen pour la physique des particules est le plus grand centre de physique des particules du monde.